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Expedition au Baghirathi

25/08/2010 - Lu 19122 fois
Début mai, 3 paralpinistes : Jerome et christophe Blanc Gras, Lionel Deborde partiront en Inde pour tenter le premier saut de la face ouest du Baghirathi III (6454 mètres d'altitude).

 

Parmi les expéditions que nous avons eu la chance de réaliser, celle du Baghirathi au mois de mai dernier reste l’une des plus enrichissantes.
D’une part parce qu’elle était un projet de longue date, d’autre part parce qu’elle a mis en avant un facteur humain intéressant : celui de la raison.
Le Baghirathi III est un sommet de 6454 mètres qui se trouve dans le massif du Gharwhal, en Inde. Sa face Ouest, haute de 900 mètres, est une des plus convoitées de cette région de l’himalaya. Trois voies majeures d’escalade rocheuse y ont été ouvertes : le pilier Catalan, sur la gauche, la directe Russe en plein centre et la voie Polonaise sur la droite.
L’ascension de la montagne nécessite l’obtention d’un permis auprès du gouvernement Indien (Indian Mountaineering Foundation) ainsi qu’une logistique relativement lourde.
Nous avons choisi de grimper par l’arête Nord, itinéraire mixte, qui semble être le plus abordable en style léger (sans camp intermédiaire dans la voie d’ascension, ni porteur).
Les nombreuses photos que nous avions pu observer, notamment celles de l’expédition Russe étaient encourageantes. Néanmoins, nous avons eu quelques surprises. 
 



Partis le 1er mai de France, trois jours de bus nous ont été nécessaires pour atteindre Gangotri, dernier village avant les montagnes, depuis New Delhi.
De là il nous a fallu deux grosses journées de marche pour atteindre Nandavan, le camp de base commun à tous les itinéraires d’ascension, à 4600 mètres d’altitude. Au bord du glacier de Gangotri, aux sources du Gange, ce site est un point de vue unique sur plusieurs montagnes somptueuses dont le Shivling et le dôme de Kedarnat.
Notre acclimatation s’est faite en effectuant des repérages sur le versant Est du Baghirathi, qui donne accès au pied de l’arête Nord, longue vallée qui fait le tour du massif des Baghirathi.
Encore une fois, le poids des sacs chargés des parachutes en plus du matériel d’ascension a été un handicap.
En une semaine, tout le matériel a été acheminé jusqu’au bivouac installé à 5800 mètres. De là, il nous restait 200 mètres de pentes mixtes puis l’arête proprement dite, plus technique.
 

Le 14 mai, nous sommes à pied d’œuvre pour gravir l’arête. Nous grimpons le premier tiers en neige pourrie (corniches et plaques inconsistantes) puis deux ressauts rocheux plutôt aléatoires (difficulté technique dans le V, schiste pourri). Le vent se lève et plusieurs heures semblent encore nécessaires pour atteindre le sommet. Nous fixons alors une corde et laissons les parachutes sur place.
2 jours plus tard, c’est un nouveau départ dans l’après-midi du camp de base. Nous dormons sous tente vers 5500m puis démarrons à minuit, légers et rapides. Après 10 heures d’efforts le sommet est atteint. Le vent est de nouveau au rendez-vous mais nous décidons d’aller au départ pour évaluer le saut.

 

Après deux longs rappels, nous sommes au bord avec une désagréable surprise.
Le dernier tiers de la face en schiste fait obstacle à un départ depuis le sommet. Tout juste verticale, cette zone est composée de plusieurs vires proéminentes. Les pierres jetées avec un élan correct tapent toutes la paroi 4 secondes plus tard. Seule une impulsion « de l’au-delà » pourrait permettre de frôler l’obstacle.
L’unique possibilité est donc de descendre au bas de cette zone de schiste pour espérer un départ au dessus de la partie médiane visiblement plus surplombante. Mais les rappels dans cet éboulis vertical impliquent d’être sûrs de sauter…
Enfin, 200 mètres sous ce surplomb, la face se couche pour former de grandes dalles. A plus de 6000 mètres, nous savons que notre dérive mettra plus de temps à être efficace et que leur franchissement est loin d’être sûr.
 

La décision s’impose donc de faire demi-tour et d’oublier tous les dangers que représente un tel saut.
Un rapide coup d’œil aux alentours confirme notre décision : la région regorge de beaucoup d’autres montagnes et de faces bien plus accueillantes pour ce genre de réalisation.
Nous ne gardons aucun regrêt de cette tentative. Aucune photo ni description n’aurait permis d’anticiper avec certitude la faisabilité ou non du saut. Notre ascension reste un très beau souvenir et cette expérience enrichit plus que jamais notre pratique du paralpinisme.

Jérôme Blanc-Gras

Nous tenons à remercier vivement Adrenalin, Atair, Grivel, SVX, Julbo, Salomon, Beal et les duvets Pinel.
Merci également à Samuel Anthamaten pour son aide et ses précieux renseignements.
 

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